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Étude de cas — 01

SIATEN

Auditer le formulaire par lequel l'État recrute ses assistants d'éducation, et trancher le dilemme qu'il refusait de poser clairement : jusqu'où demander des informations intimes qui ouvrent des droits.

SIATEN, parcours de candidature refondu en 7 étapes
RôleAudit UX, conception et prototype, seul sur l'ensemble du projet
TypeProjet personnel, fondé sur mon expérience réelle d'utilisateur de l'outil
Durée3 semaines, en parallèle de mon poste d'AED
LivrablesAudit UX (23 problèmes), prototype interactif en 7 étapes, protocole de test
En un coup d'œil
  • Le formulaire par lequel l'Éducation nationale recrute ses assistants d'éducation n'a pas changé depuis 2005, et enregistre deux fois les mêmes diplômes sans le signaler.

  • Un écran mélange sans distinction des données intimes, financières et neutres. J'ai failli le supprimer. Je l'ai gardé, et je ne suis toujours pas sûr d'avoir eu raison.

  • Parti pris central : un candidat qui remplit ce formulaire ne peut pas partir ailleurs. La friction se paie en droits perdus, pas en taux de conversion.

01Contexte

SIATEN est l'outil par lequel l'Éducation nationale collecte les candidatures de ses personnels non titulaires. C'est le passage obligé de tout futur assistant d'éducation : sans candidature saisie ici, aucun chef d'établissement ne peut recruter.

Je suis moi-même AED depuis 2024. J'ai rempli ce formulaire, j'y ai passé un temps déraisonnable, et j'ai découvert après coup que j'avais enregistré deux fois les mêmes diplômes sans que rien ne me le signale. J'en ai fait un projet : audit complet du parcours, puis refonte et prototype fonctionnel.

02Le problème

Ce projet ne ressemble à aucun produit commercial. Un candidat AED n'a pas le choix, il ne peut pas aller chez un concurrent, reporter, ou abandonner :

Il n'y a pas de taux de rebond à surveiller. Il y a des dossiers faux, des appels au rectorat, et des candidatures invisibles.

Cette contrainte change tout ce qu'on mesure. Les frictions ne se paient pas en clients perdus, elles se paient en erreurs de saisie, en incompréhension du vocabulaire, et parfois en abandon d'une profession par des gens qui auraient été bons dedans.

03Pour qui je concevais

Le profil retenu comme cible est le plus défavorable et le plus fréquent : 22 ans, jamais candidaté, remplit le formulaire depuis son téléphone un soir, et n'a personne à qui demander.

Il ne sait pas ce qu'est un IUFM. Il ne sait pas si « ZEP » le concerne. Et il n'appellera pas le rectorat pour une question qui lui semblera stupide : il abandonnera le champ, ou pire, il cochera au hasard. Chaque décision de la refonte devait tenir face à lui, pas face à moi qui connais déjà ce formulaire par cœur.

04Trois causes structurelles, et la décision en face

Parcours complet en conditions réelles, capture de chaque écran, puis relecture au regard des heuristiques de Nielsen, du RGAA et du Système de design de l'État. 23 problèmes, dont trois causes expliquent presque tout le reste.

Cause 01

L'interface expose le modèle de données, pas le parcours.

Décision

Douze sections cohabitent sans indication de ce qui est obligatoire ni de l'ordre à suivre, organisées comme les tables de la base : état civil, adresse, diplômes. Personne ne se demande « où en suis-je dans mes données personnelles », tout le monde se demande « qu'est-ce qu'il me reste à faire ». J'ai transformé les douze sections en sept étapes numérotées, avec un état par étape et une barre de progression.

J'ai hésité entre un parcours strictement linéaire, plus simple à concevoir et plus rassurant sur le papier, et une navigation libre entre étapes. J'ai gardé la navigation libre : beaucoup de candidats reviennent sur leur dossier plusieurs fois, parfois à des semaines d'intervalle, et un ordre imposé les aurait forcés à retraverser des étapes déjà validées pour corriger un seul champ.

Cause 02

Le vocabulaire est celui de l'administration de 2005.

Décision

ANPE, RMI, IUFM, DASS, AFPS, ZEP : des sigles disparus depuis 2007-2015, qu'un candidat de 22 ans n'a jamais entendus. Des titulaires du PSC1 ne le déclarent pas parce qu'ils ne reconnaissent pas « AFPS », et perdent un critère qui compte pour le recrutement. J'ai réécrit chaque libellé dans la langue d'aujourd'hui, et fait expliquer à chaque case ce qu'elle change concrètement.

Cause 03

Le système ne dit jamais rien.

Décision

Aucune progression, aucune confirmation, aucune détection d'incohérence. C'est ce silence qui explique mon propre bug : après validation la page se rechargeait sans message, j'ai revalidé par précaution, et mes diplômes ont été enregistrés deux fois sans que le système ne bronche. J'ai ajouté un enregistrement automatique horodaté, une détection de doublons qui nomme les lignes en trop avant de les supprimer, et un récapitulatif avant l'envoi.

Avant / après, le bug qui a motivé ce projet
SIATEN original, diplômes enregistrés en double, sans détection

Avant, aucune détection

Prototype refondu, alerte de doublons avec suppression proposée

Après, doublons signalés et supprimables

05L'écran qui m'a arrêté

Un écran de l'original présente dix-huit cases dans une liste plate, sans hiérarchie, qui mélange sans distinction des données intimes (orphelin de père, parent invalide), des données financières (ressources du foyer, nombre de parts) et des qualifications neutres (BAFA, premiers secours). Rien n'indique pourquoi c'est demandé, ni si c'est facultatif.

J'ai failli supprimer complètement cette étape. Je ne l'ai pas fait, et je reste incertain d'avoir eu raison.

Ces critères ouvrent réellement des droits : un candidat qui ne les déclare pas y perd, sans le savoir. J'ai gardé la question, mais changé les conditions dans lesquelles on la pose : bloc séparé, caractère facultatif affirmé et démontré, mention explicite que ces informations ne sont jamais transmises aux établissements. C'est le point que je ferais tester en priorité si j'avais accès à un panel.

SIATEN original, dix-huit cases mélangées sans hiérarchie ni explication

Avant, tout mélangé, rien d'expliqué

Prototype refondu, blocs séparés, caractère facultatif affirmé et démontré

Après, séparé, expliqué, facultatif assumé

06Le résultat

Le candidat de 22 ans qui remplit ce formulaire un soir sur son téléphone sait maintenant où il en est, comprend ce qu'on lui demande, et ne perd plus un droit parce qu'un sigle a disparu. C'est le seul indicateur qui compte pour un outil que personne ne peut fuir.

  • 23 problèmes remontés à trois causes structurelles, pas 23 corrections isolées.

  • Douze sections devenues sept étapes : la question passe de « où sont mes données » à « qu'est-ce qu'il me reste à faire ».

  • Un vocabulaire d'aujourd'hui : plus personne ne perd un droit parce qu'il ne reconnaît pas un sigle disparu depuis 2007-2015.

  • Un système qui parle enfin : enregistrement horodaté, doublons détectés et supprimables, récapitulatif avant l'envoi définitif.

07Ce que j'en retiens

Le vocabulaire fait plus de dégâts que la mise en page : un sigle obsolète coûte un droit, un bouton mal placé coûte trois secondes. Et l'inconfort est un signal de conception, pas un problème à éliminer : l'écran qui m'a le plus arrêté est celui qui méritait le plus qu'on le retravaille, pas qu'on le supprime.

Je n'ai pas eu accès à un panel d'utilisateurs : ces décisions restent des hypothèses argumentées, pas des faits d'usage validés. Le protocole de test est écrit et prêt, c'est la suite immédiate.

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